4+1 traduire übersetzen tradurre translatar

Entretien avec Marie Fleury, coordinatrice du projet

Article du 24.02.2012 de Rédaction du Culturactif

Il y a deux ans, « 4+1 traduire » a eu lieu à Coire, dans le canton des Grisons. Pour cette édition 2012, la ville dans laquelle se déroulera la manifestation littéraire (du 9 au 10 mars) est Vevey. Langue invitée: l'anglais. Pourquoi ces deux choix ?

« 4+1 traduire » est une manifestation itinérante qui a lieu tous les deux ans dans une région différente de Suisse. Après Frauenfeld, Bienne et Coire, la région lémanique s’imposait. Vevey est une ville active dans le domaine de la culture, mais elle ne possède pas de manifestation littéraire : il y avait donc une place à prendre. De plus, c’est une ville appréciée et connue dans toute la Suisse. Le choix de l’anglais s’est fait naturellement après celui de la ville. La région lémanique est habitée par beaucoup d’anglophones et nous avions envie d’attirer ce public également. En outre, l’anglais est la langue la plus traduite au monde – nous lisons tous, sans arrêt, des traductions de l’anglais. Nous avions le désir de nous pencher sur cette langue vaste et extrêmement diversifiée et de souligner son potentiel littéraire, parfois oublié sous la dominance du « globish ». Enfin, la question de la traduction de la littérature suisse en anglais occupe une part importante du programme.

L'après-midi qui précède l'ouverture de la manifestation (le soir du 9 mars, avec une lecture de Jonathan Coe et de sa traductrice française Josée Kamoun), le programme propose la « Remise des prix du concours de traduction »: de quoi s'agit-il ?

Les élèves du niveau secondaire II des cantons de Fribourg, Genève, Vaud et du Valais ont eu l'occasion, par le biais de leurs écoles respectives, de participer à un concours de traduction littéraire. Il s'agissait de traduire un court extrait d’un texte contemporain. Nous avons proposé des extraits d’œuvres des auteurs suivants, à transposer en français ou en allemand : Michel Layaz,  Antoinette Rychner, Christian Haller, Stefanie Sourlier, Hubert Giger, Jacques Guidon, Gianfranco d’Anna, Anna Ruchat, Linda Grant et Jon Steele. Les meilleures traductions seront présentées et primées vendredi 9 mars, à 15h30, au Théâtre de Poche de la Grenette. Lors de cette cérémonie, une nouvelle forme de concours de traduction littéraire pour élèves sera présentée. La Fondation Walter et Ambrosina Oertli et la Fondation ch ont créé le Prix/Premio/Premi - Oertli-ch - Preis pour récompenser les meilleurs travaux de maturité portant sur la traduction littéraire. 
En outre, avant l’inauguration de « 4+1 traduire », un autre prix sera attribué à deux traducteurs pour l’ensemble de leur œuvre. Il s’agit du Prix lémanique de la traduction qui est remis tous les trois ans à deux personnes, dont l’une traduit du français vers l’allemand et l’autre de l’allemand vers le français. Cette année, le 10e Prix lémanique de la traduction est décerné à parts égales à Andrea Spingler (Allemagne) et Jacques Legrand (France).

Le programme de « 4+1 traduire » propose des rencontres très variées en plusieurs langues (les langues nationales et l'anglais). On passe de la littérature pour enfants à une table ronde consacrée à la promotion de la traduction en Suisse, de rencontres avec des traducteurs et auteurs anglophones au ludisme très suisse de Bern ist überall : partout, de l'approfondissement de sujets comme la traduction des classiques à l’affirmation provocatrice « L'anglais n'existe pas! »... Comment le programme a-t-il été conçu? Sous quelles perspectives ?

Je crois qu’il était important pour nous de montrer à quel point la question de la traduction littéraire est un sujet large touchant tous les domaines de la littérature : la littérature enfantine, la poésie, la prose, le théâtre. Nous avons voulu couvrir au maximum ce large spectre, tout en combinant les couples de langues possibles des langues nationales entre elles et entre elles et l’anglais. Nous désirions aborder des sujets aussi variés que la traduction d’un dialecte, autour de l’œuvre de Pedro Lenz, que la question de la re-traduction, qui se pose comme une interprétation toujours renouvelée d’une œuvre. En outre, « 4+1 traduire » se veut autant une manifestation grand public qu’un lieu de rencontres et d’échanges entre spécialistes (traducteurs, auteurs, éditeurs). La table ronde sur la promotion de la traduction qui réunira Angelika Salvisberg de Pro Helvetia et Christine Chenaux de l’Office fédéral de la culture est très importante pour les professionnels.

Le « programme complémentaire » propose – entre autres – une exposition et une « Textbox »? Quel est le sujet de l'exposition? Et qu'est-ce que c'est que la « Textbox » ?

L’exposition qui aura lieu à la Bibliothèque municipale de Vevey présente le travail des Editions de la Joie de Lire qui fêtent leurs 25 ans cette année. Un accent particulier sera mis sur l’ouvrage_Capitaine Massacrabord _de Mervyn Peake, traduit pour la première fois en français en 2011 par Patrick Gyger. Le traducteur sera également présent à Vevey le 10 mars et dialoguera avec Martine Hennard Duteuil de l’Université de Lausanne. Quant à la « Textbox », qui sera placée au lieu central du festival, le Théâtre de Vevey, c’est une invention assez particulière du poète berlinois Bas Böttcher, qu’il est difficile de décrire. C’est une sorte de boîte géante dans lequel un traducteur et/ou un auteur se tiendra pour lire son texte dans un micro. Les spectateurs ne pourront l’entendre que s’ils prennent un des casques d’écoute reliés à la cabine par un fil. La « Textbox » est donc conçue pour être disposée dans des endroits bruyants. Elle permet de s’isoler, de s’approcher d’un texte de manière intime au milieu d’un environnement qui ne s’y prêterait pas à priori.

Plus en général, quels sont les buts de la manifestation  « 4+1 traduire » ?

« 4+1 traduire » a pour but de faire découvrir la traduction littéraire à un large public, de lui donner une visibilité qu’elle a trop peu. Il s’agit aussi de promouvoir la littérature suisse, tout en créant et en consolidant les liens entre les auteurs, les traducteurs et les maisons d’édition suisses ou étrangères. Dans un pays quadrilingue, les échanges ne peuvent se faire que par le biais de la traduction. C’est elle qui permet de franchir les barrières linguistiques et de faire circuler les textes d’une région à une autre. La traduction est essentielle, non seulement à la Suisse, mais partout ailleurs, car elle nous donne une clé, celle d’une langue que l’on connaît, pour pénétrer des univers auxquels nous n’aurions jamais accès sans le travail du traducteur.