Petite collection d'instants-fossiles
Nouvelles

Fouillant des existences hétéroclites, à l’affût du micro-drame ou du flagrant délit de situation comique, le regard tout à coup s’arrête ; brûle-pourpoint familial ou amoureux, révélation de l’échec, de la perte, secondes de déchirure ou de réconciliation, expérience intense de la création ou de la réception artistique… Les instants retenus, comme autant de curiosités rares et précieuses, sont traités avec une vraie fascination pour la bizarrerie humaine, une redoutable économie de moyens et une ironie souvent corrosive qui, pour rendre visibles les détails et les articulations les plus fines, « dégraissent » jusqu’à l’épure. Réunis en série, ces vingt-cin11q récits allient l’impact du gros plan à la brièveté de l’éclair, précipitant leur lecteur dans une vision-kaléidoscope de notre condition.

(Quatrième de couverture)

Critique

de Brigitte Steudler

Deux cent septième ouvrage paru aux Editions de l'Hèbe, _Petite collection d'instants-fossiles _réunit vingt-sept récits finement travaillés par Antoinette Rychner, jeune auteure d'origine neuchâteloise active dans le domaine théâtral depuis de nombreuses années.

En publiant ce recueil de nouvelles, résultat d'un travail réalisé dans le cadre de sa formation à l'Institut littéraire suisse de Bienne, Antoinette Rychner démontre un sens aigu de l'observation. Que ses textes relatent des épisodes de la vie de tous les jours ou prennent place dans un milieu académique ou culturel, elle transperce de sa plume affûtée les rapports liant les êtres humains - qu'il s'agisse des relations parents-enfants, employeurs-employés, hommes-femmes ou de simples rencontres. Séduction ou intimidation, rapports de force dans les couples, marques de déférence induites par la notoriété ou par la position sociale : Antoinette Rychner choisit de ne pas taire ce qui rend faible, irrite ou indispose. Elle sélectionne avec parcimonie les éléments dont elle veut orner ses récits, qu'ils appartiennent au registre poétique ou anecdotique, ne craignant pas le mélange des genres. En quelques lignes, n'hésitant pas à procéder par ellipse, Antoinette Rychner situe l'action dans laquelle elle place ses personnages, puis elle fait intervenir la chute de manière aussi abrupte que possible, choisissant délibérément de fixer sur la toile de son récit un malaise, un trouble ou le début d'un grand éclat de rire. En retranscrivant l'expression de ces fissures de l'âme et du cœur générées par certaines situations en apparence anodines Antoinette Rychner les place dans une universalité intemporelle que caractérise bien le titre donné à son recueil « d'instants-fossiles». Elle donne corps à l'expression de sentiments que l'on sait être universellement partagés. D'une visite volontairement écourtée faite par une fille à sa mère, Antoinette Rychner évoque les attentes de la mère rêvant de progéniture pour sa fille alors que celle-ci en aucun cas n'y songe. En donnant corps à l'exaspération de la fille au travers d'un dialogue décalé, l'auteure exprime l'intensité du malaise qui s'installe entre ces deux êtres. Qu'elle relate la première d'un spectacle, l'accueil d'un illustre conférencier en proie à une intolérance alimentaire subite, une baignade en famille ou une fin de soirée entre amis, la lecture de ces courtes scènes s'achève le plus souvent sur l'expression d'un trouble ou d'un brusque dérapage qu'elle saisirait en plein vol.

En s'attachant à disséquer les difficultés entourant la communication et les rapports humains en général, Antoinette Rychner connaît bien le poids des codes sociaux qu'elle prend ainsi plaisir à déjouer. Il appartient dès lors au lecteur de saisir rapidement les enjeux de sa prose, certaines nouvelles ne faisant pas plus d'une page et demie, pour mieux savourer la chute du récit : toute la réussite de ce recueil tient en cette alchimie. Dans un registre littéraire ainsi renouvelé, l'écriture d'Antoinette Rychner se caractérise par la multitude des styles qu'elle adopte. Ceux-ci s'inspirent des milieux dans lesquels elle situe ses nouvelles, simple et direct lorsqu'il s'agit de convives rassemblées dans un café, complètement dans l'ironie lorsqu'il s'agit d'évoquer le travail en bibliothèque d'un jeune étudiant s'employant au « rattrapage impossible et désespéré du retard accumulé dans l'année.» L'auteure se montre riche d'une expérience professionnelle acquise dans le domaine théâtral – le fait que deux textes d'Antoinette Rychner aient déjà été portés à la scène, _La vie pour rire _en 2006 et _L'enfant, mode d'emploi _en 2009, ne surprend pas, bien au contraire. Cela ne fait que confirmer si besoin était qu'une nouvelle plume est née.

Note critique

D’origine neuchâteloise, Antoinette Rychner est née en 1979. Après une première formation suivie à l'École des arts appliqués de Vevey, elle travaille dans le domaine théâtral et réalise plusieurs scénographies en Suisse romande. Deux de ses textes, L’Enfant, mode d’emploi et La Vie pour rire, sont portés à la scène. Le premier est mis en scène par Françoise Boillat au Centre Culturel Neuchâtelois, le second par Robert Sandoz à la Maison du Concert, à Neuchâtel. Dans Petite collection d'instants-fossiles, recueil publié à l’issue d’études à l’Institut littéraire suisse de Bienne en 2009, Antoinette Rychner s’attache dans de courts récits inspirés de la vie quotidienne à fixer de fugaces instants qu’elle semble attraper au vol. Ayant recours à un vocabulaire simple lorsqu'il s'agit de convives rassemblés dans un café ou usant d’un ton délibérément ironique lorsque ses saynètes se déroulent dans le monde du spectacle et de la culture, l’écriture d'Antoinette Rychner se caractérise par la multiplicité des styles qu’elle adopte.

(Brigitte Steudler, Viceversa Littérature 5, 2011)