Pholoé

Bastien Fournier

Pholoé cherche à s’envoler. Adolescente, elle vit seule avec son père, lui-même meurtri par le décès de sa femme. Pholoé s’égare dans les rencontres amoureuses. Bouleversée et emmenée par ses sens troublés, elle expérimente, frotte sa peau contre la peau de l’autre, de l’inconnu, à la recherche des grands embrasements, des morsures et des jouissances qui la révéleront à elle-même. Mais des pensées plus sombres la dominent et la retiennent. Sa quête initiatique est empêchée par la peur, parsemée de questions, ravagée par une angoisse tout existentielle.

Cependant, l’espoir s’est enraciné dans ce commencement de vie. Sous la mélancolie affleurent puis jaillissent le désir et la révolte, et Bastien Fournier nous emporte dans un monde où la torpeur et la tiédeur n’ont pas leur place, où l’exaltation, les déchirures et la conscience sont salvatrices et porteuses de sens. En nous invitant à la démesure, à l’exigence et à la beauté, l’auteur convoque la grandeur comme une nécessité vitale face aux ombres qui nous poursuivent : et si, à la fin, l’oiseau prenait son envol ?

Pholoé est un hymne à la vie, un appel à la joie, un cri de désir qui peut être entendu.

Marine Billon, quatrième de couverture

Critique

par Elisabeth Vust

Publié le 13/01/2013

Bastien Fournier écrit des pièces de théâtre et des romans, dont voici le cinquième. Avec La terre crie vers ceux qui l’habitent (2004), les lecteurs ont pu faire la connaissance de Simon, qu’on retrouve ensuite dans Salope de pluie (2005), Bébé mort et gueule de bois (2007), Le cri de Riehmers Hofgarten (2010). À l’exception de Bébé mort et gueule de bois, qui diffère des autres titres de par ses allures de polar et se situe à part – tel le drame satirique dans les ensembles de la tragédie grecque –, ces fictions forment une véritable trilogie.

Pholoé vient maintenant s’y ajouter : si ce dernier roman en date n’a plus Simon pour héros, il se relie néanmoins aux œuvres de la «trilogie Simon». En effet, Pholoé a été conçu comme le dernier volet d’une tétralogie des éléments avec : la terre pour La terre crie vers ceux qui l’habitent; l’eau pour Salope de pluie ; le feu pour Le cri de Riehmers Hofgarten ; l’air pour Pholoé.

En lisant Bastien Fournier et qui plus est en le rencontrant, on constate qu’il a non seulement une démarche formelle très réfléchie, mais aussi un discours théorique sur ses textes. A l’origine de sa démarche littéraire, il y a de fait une interrogation sur le statut de la fiction. Le Valaisan dit «s’efforcer de ne jamais prendre l’écriture narrative comme une évidence et de conférer plusieurs niveaux de lecture à ses récits » (Lors d'un entretien avec l'auteur peu avant la parution de Pholoé), ce que ses lecteurs – même les plus chevronnés – ne voient pas toujours.
Et si ses sources sont multiples, la littérature antique est sa base d’inspiration.
Plus il écrit, plus l’écrivain dit percevoir l’importance de composer des scènes mémorables, des batailles, des réconciliations, des éclats. Cette intention s’exprimait déjà dans Bébé mort et gueule de bois qui jouait avec les codes du polar. Avec en tête cette question : « qu’est-ce que cette littérature qui fait vibrer le cœur des vieux Romains et les nôtres ? ». Les textes antiques regorgent de scènes dignes d’Hollywood, prenons par exemple l’Enéide : la mer, les bateaux qui couvrent la mer, le premier accouplement pendant l’orage. Eh oui, l’amour, la jalousie, la violence, le passage à l’âge adulte sont des sujets universels et inépuisables : la colère d’Achille parce qu’on lui enlève sa captive Briséis, Phèdre et son amour impossible pour son beau-fils, etc.

« Un soir, alors qu’elle dort dans sa chambre, son père aviné s’effondre sur le palier où il passe ce qui reste de la nuit. Elle célèbre sans le fêter son vingt-deuxième anniversaire. »
Dans ce nouveau roman, la scène universelle est la déchéance du père. S’il est le nom d’une montagne dans la mythologie grecque, Pholoé devient ici celui d’une jeune femme. Son drame est très commun, plongée qu’elle est dans le champ de bataille de l’adolescence vers l’âge adulte. L’écriture visuelle et séquentielle décortique presque obsessionnellement  les corps et leurs gestes comme pour en saisir le mystère, tout en restant elliptique. Elle est reliée aux sens et aux éléments : la terre et sa pesanteur ; et surtout l’air, une sorte d’évanescence se dégageant de l’héroïne, qui se laisse porter par les vents, même mauvais, et qui s’apprête à l’envol.

À plusieurs reprises, le récit se fige et énumère une série d’événements extérieurs et historiques qui se passent à ce moment-là. La grande rumeur du monde se fait entendre, l’actualité donne le tempo du texte. Ce procédé engendre un puissant vertige, met en perspective les petites histoires et la grande histoire. Et c’est là aussi un père antique, Homère, qui donne à l’auteur l’idée de faire entrer la marche du monde dans un texte intime.

Dans Pholoé, comme dans les autres fictions (théâtre et roman), l’auteur reconnaît et affronte la colère et la violence inhérentes à la vie : une colère qui éclate dans les rues (manifestations des lycéens à travers l’Europe, Printemps arabe) et qui agit plus sourdement entre les êtres et en eux-mêmes. La littérature joue ainsi son rôle cathartique.
Du coup, lorsque Bastien Fournier affirme s’être toujours dit qu’il fallait faire simple, on comprend enfin ce qui touche autant dans son écriture : ce mélange d’érudition complètement assimilée et cet élan de dire sans fioritures. L’émotion naît de la beauté du texte conjuguée à un regard humain et empathique.

Note critique

Pour son cinquième roman, l’auteur valaisan quitte Simon, son personnage récurrent, et centre son récit autour d’une jeune fille. Elle s’appelle Pholoé et traverse ce champ de bataille qu’est l’adolescence en se laissant porter par les vents, mêmes mauvais. Elle affronte une série d’épreuves, dont la déchéance de son père et la désillusion amoureuse. L’écriture est elliptique, séquentielle, reliée aux sens et aux éléments. Mais la rumeur du monde se fait entendre à plusieurs reprises dans ce texte intime, lorsque le récit se fige et énumère une série d’actualités mondiales, procédé qui engendre un puissant vertige. (ev)